Ah, la vermifugation… Ce mot fait parfois frémir plus d’un propriétaire de cheval ! Et franchement, je les comprends. Quand j’ai commencé à m’occuper de chevaux, j’étais complètement perdue face à tous ces noms barbares d’antiparasitaires. Ivermectine, moxidectine, benzimidazoles… On dirait du chinois, non ?
L’histoire qui m’a vraiment ouvert les yeux date d’il y a trois ans. Ma copine Léa – vous savez, celle qui monte toujours avec son casque rose flashy – m’appelle un matin en pleurs. Son hongre Tornado, d’habitude un vrai aspirateur à foin, ne touchait plus à sa ration. Il se roulait, avait le ventre tendu… Bref, coliques en vue. Le véto arrive, examine, et là c’est le drame : infestation parasitaire massive. Le pauvre Tornado avait été vermifugé « au feeling », sans vraie stratégie. Résultat : les parasites avaient fait leur fête dans ses intestins.
Depuis ce jour-là, je me suis jurée de ne plus jamais prendre ce sujet à la légère. Parce que franchement, nos chevaux méritent mieux que nos approximations.
Pourquoi vermifuger un cheval ?
Bon, d’abord, remettons les pendules à l’heure. Tous les chevaux – et j’insiste sur TOUS – ont des parasites. C’est comme ça, c’est la nature. L’idée n’est pas de les transformer en environnements stérilisés (ce qui serait impossible de toute façon), mais plutôt de maintenir un équilibre.
Imaginez votre cheval comme un hôtel. Les parasites sont des clients indésirables qui squattent les chambres. Quelques-uns, passe encore. Mais quand ils organisent une rave party dans le hall d’entrée, là il faut intervenir !
La bande des joyeux parasites
Allez, faisons les présentations avec nos petits « amis » invisibles :
- Les grands strongles : Les boss du gang. Ces salopards (pardonnez-moi l’expression, mais ils le méritent) se baladent dans les artères intestinales. Vous imaginez ? Ils peuvent littéralement boucher la tuyauterie et provoquer des coliques mortelles
- Les petits strongles : Plus sournois, ils s’installent tranquillement dans la paroi intestinale et y font leurs petits. Il en existe plus de 50 espèces différentes – une vraie famille nombreuse !
- Les ascaris : Ceux-là, ils adorent les jeunes chevaux. Ils grossissent, grossissent, grossissent… jusqu’à former des bouchons dans l’intestin. Charmant, non ?
- Les ténias : Ah, les fameux vers plats ! Ils s’accrochent à la paroi intestinale et peuvent créer de belles obstructions
Mon véto me disait l’autre jour : « Julien, 95% des chevaux hébergent des parasites. L’objectif, c’est de les empêcher de faire la fiesta, pas de créer un désert dans leurs intestins. » Et il a raison !
Quand ça dérape…
Vous vous demandez comment savoir si votre cheval tire la sonnette d’alarme ? Voici ce que j’observe chez mes patients quand les parasites prennent le dessus :
| Ce qui cloche | Les signes qui ne trompent pas | Mon niveau d’inquiétude |
|---|---|---|
| Ventre et transit | Coliques à répétition, selles molles ou au contraire très dures | 🚨 Rouge clignotant |
| Forme générale | Il maigrit malgré de bonnes rations, son poil devient terne | ⚠️ Surveiller de près |
| Respiration | Il tousse (surtout au printemps) | 👁️ À garder à l’œil |
| Démangeaisons | Il se frotte la queue, gratte ses fesses partout | 😤 Agaçant mais pas grave |
Choisir son vermifuge selon l’âge et la taille
Alors là, accrochez-vous ! Parce que c’est un peu comme choisir des chaussures : la pointure unique, ça marche pas. Chaque âge a ses petits caprices parasitaires.
Les bébés chevaux (moins de 6 mois)
Ces petits bouts sont de vrais aimants à ascaris. C’est fou comme ils arrivent à choper ces bestioles ! Du coup, on commence doucement vers 6-8 semaines avec de l’ivermectine ou de la moxidectine. Mais attention, pas n’importe comment – le dosage doit être millimétré.
Un truc que j’ai appris à mes dépens : ne jamais vermifuger un poulain qui tète encore sans avoir vérifié l’état de sa maman. Une fois, j’ai failli créer une belle pagaille en traitant le petit sans penser que maman pouvait le recontaminer direct après !
Les ados équins (6 mois à 3 ans)
Ah, l’adolescence… Même chez les chevaux, c’est compliqué ! Ces gaillards-là restent sensibles aux ascaris, mais ils commencent aussi à se faire embêter par les strongles. Les benzimidazoles (fenbendazole, mébendazole – oui, je sais, ça ressemble à des sorts d’Harry Potter) marchent bien sur les ascaris.
Les adultes (plus de 3 ans)
Eux, ils ont surtout des problèmes avec les strongles. L’ivermectine et la moxidectine deviennent nos alliées de choix. Et n’oublions pas le praziquantel pour les ténias – ces petits malins-là nécessitent un traitement spécial.
Le casse-tête du dosage
Bon, soyons honnêtes : estimer le poids d’un cheval, c’est un art ! Moi, au début, je « pifais » complètement. Grave erreur. Trop peu, c’est inefficace et ça favorise les résistances. Trop, c’est toxique.

Ma formule de secours quand j’ai pas mieux : Poids = (Tour de poitrail² × Longueur) / 11 900. C’est mathématique, mais ça donne une idée !
Calendrier de vermifugation selon la saison
Fini le temps où on vermifugeait tous les deux mois comme des robots ! Aujourd’hui, on réfléchit, on observe, on adapte. Les parasites, voyez-vous, ils ont leurs petites habitudes saisonnières.
Mon planning annuel (qui a fait ses preuves)
| Saison | Ce que j’utilise | Pourquoi ces parasites-là | Mes observations perso |
|---|---|---|---|
| Printemps (Mars-Avril) | Ivermectine ou Moxidectine | Explosion des strongles et ascaris | C’est la période critique ! |
| Été (Juin-Juillet) | Benzimidazoles | Strongles enkystés qui sortent | Chaleur = parasites actifs |
| Automne (Septembre-Octobre) | Ivermectine + Praziquantel | C’est la saison des ténias | Obligatoire pour les ténias ! |
| Hiver (Décembre-Janvier) | Moxidectine | Larves qui hibernent | Action longue durée parfaite |
La révolution de la coproscopie
Alors ça, c’est le truc qui change la donne ! Au lieu de vermifuger « au cas où », on regarde ce qui se passe vraiment dans les crottins. Génial, non ?
Le principe est simple : on prend un échantillon de crottin (frais, hein !), on l’amène au labo, et ils comptent les œufs de parasites au microscope. Ça donne un chiffre : l’OPG (Œufs Par Gramme).
- Moins de 200 OPG ? Tout va bien, on peut attendre
- Entre 200 et 500 ? Il serait temps de vermifuger
- Plus de 500 ? Action immédiate !
Cette méthode m’a évité pas mal de vermifugations inutiles. Et mes chevaux s’en portent mieux !
Techniques d’administration efficaces
Ah, le moment de vérité ! Vous avez choisi votre vermifuge, calculé la dose… maintenant, il faut le faire avaler à votre cheval. Et là, certains deviennent de vrais artistes de l’esquive !
J’ai un hongre, Rocco, qui dès qu’il voit une seringue se transforme en contorsionniste. La première fois, j’ai mis 20 minutes à lui donner son vermifuge. Maintenant, j’ai mes petits trucs…
Ma check-list avant l’opération
Avant de commencer le « combat », je prépare toujours :
- Le vermifuge sorti du frigo depuis 1h (froid = encore plus désagréable)
- Ma seringue bien graduée (pas de place à l’approximation)
- Un licol solide et bien ajusté
- Un endroit calme – évitez l’heure du foin !
La technique qui marche (enfin, la plupart du temps !)
- Je me place à gauche – comme pour seller, c’est un réflexe chez eux
- Main gauche sur le licol – contrôle de la tête sans serrer comme un étau
- Seringue dans la commissure – pas de brutalité, on glisse doucement vers l’arrière
- Hop, sur la langue ! – d’un coup sec mais pas violent
- Tête légèrement relevée – pour l’aider à avaler
- Petit massage de gorge – ça encourage la déglutition
Mon truc de grand-mère (qui marche à tous les coups avec les récalcitrants) : je mélange le vermifuge avec deux cuillères de compote de pommes. Rocco, maintenant, il vient presque tout seul quand il voit le pot de compote !
Risques de surdosage et précautions
Bon, soyons clairs : les vermifuges, c’est des médicaments. Et comme tous les médocs, mal utilisés, ils peuvent faire des dégâts. J’ai déjà vu des propriétaires donner « un peu plus, au cas où »… Grave erreur !
Les signaux d’alarme
Si votre cheval fait une réaction au vermifuge, ça se voit généralement assez vite :
- Côté ventre : il se roule, refuse de manger, fait des crottins bizarres
- Côté comportement : il titube, tremble, reste prostré dans son coin
- Côté peau : gonflement, plaques, il se gratte partout
Si vous voyez ça, téléphonez immédiatement au véto. Pas la peine de tergiverser, le temps joue contre vous.
Qui ne doit pas être vermifugé
Il y a des situations où il vaut mieux s’abstenir :
| Situation délicate | Produits à éviter | Ce que je fais à la place |
|---|---|---|
| Jument qui attend un poulain | Certains benzimidazoles | Ivermectine mais seulement sur avis véto |
| Poulains très jeunes | Moxidectine | Ivermectine diluée avec précaution |
| Cheval malade ou faible | Tout selon l’état | J’attends qu’il aille mieux |
Gestion de l’environnement et prévention
Vous pouvez vermifuger votre cheval tous les mois, si l’environnement est pourri, vous vous battrez contre des moulins à vent ! La prévention, c’est 50% du boulot.
Mes pâtures, mes règles
Les pâtures, c’est le grand réservoir à parasites. Mais avec quelques astuces simples, on limite la casse :
- Rotation des parcelles : je change mes chevaux de pré toutes les 3-4 semaines. Les parasites restent sur leur faim !
- Ramassage de crottins : j’essaie de le faire 2 fois par semaine. C’est chiant (si je puis dire), mais efficace
- Pâturage avec des vaches : mes voisines mangent ce qui ne va pas aux chevaux, et vice-versa. Symbiose parfaite !
- Repos des parcelles : l’hiver, je laisse certains prés vides 3-4 mois. Ça casse le cycle parasitaire
Alternatives naturelles et complémentaires
Alors attention, je vais être cash : les vermifuges naturels, c’est sympa, mais ça ne fait pas de miracles ! Par contre, en complément d’une stratégie bien ficelée, certaines plantes peuvent donner un coup de pouce.
La pharmacie de grand-mère
Voici ce que j’utilise parfois en préventif :
- Ail : ça éloigne les parasites et ça booste l’immunité. Par contre, attention aux doses !
- Thym : antiseptique et légèrement antiparasitaire
- Tanaisie : nos ancêtres l’utilisaient contre les vers ronds
- Graines de courge : pas mal contre les ténias, paraît-il
Mais je le répète : en cas d’infestation sérieuse, ces plantes ne remplaceront jamais un vrai vermifuge ! C’est du préventif, point.
Un cheval en forme = un cheval résistant
La meilleure défense contre les parasites, c’est un cheval qui pète la forme :
- Alimentation équilibrée : pas de carences, vitamines et minéraux au top
- Exercice régulier : un cheval qui bouge, c’est un cheval qui va bien
- Pas de stress : routine stable, environnement rassurant
- Petits plus : probiotiques, levures, ce genre de compléments
Évolution des pratiques et résistances
Les temps changent, et heureusement ! Ce qu’on faisait il y a 20 ans paraît complètement dépassé aujourd’hui. Le monde parasitaire évolue, et nous devons nous adapter.
Le problème des résistances
Ça, c’est le gros souci de notre époque. À force d’utiliser les mêmes molécules à tour de bras, les parasites ont appris à résister. En Europe, plus de 90% des petits strongles se fichent complètement des benzimidazoles ! Ça fait réfléchir, non ?
Mon père, qui montait déjà dans les années 80, me racontait qu’à l’époque on vermifugeait tous les deux mois, religieusement. Aujourd’hui, on se rend compte que cette approche « tapis de bombes » a créé des super-parasites résistants.
Comment tester l’efficacité
Pour savoir si mes vermifuges marchent encore, je fais parfois ce petit test :
- Coproscopie avant traitement pour compter les œufs
- Je donne le vermifuge selon les règles
- Nouvelle coproscopie 10-14 jours après
- Je calcule de combien le nombre d’œufs a baissé
Si ça a baissé de moins de 90%, c’est que mes parasites commencent à faire de la résistance. Il faut changer de molécule !
FAQ
Combien de fois par an faut-il vermifuger son cheval ?
Ça dépend vraiment de votre cheval et de ses conditions de vie ! Un cheval adulte au pré aura généralement besoin de 2 à 4 vermifugations par an. Ceux qui vivent au box en demandent souvent moins. Mais le mieux, c’est de faire des coproscopies pour savoir exactement où on en est plutôt que de vermifuger « au cas où ». C’est plus malin et moins cher à long terme !
Ma jument est pleine, je peux la vermifuger ?
Alors oui, mais avec des précautions ! L’ivermectine et la moxidectine passent généralement bien chez les juments gestantes. Par contre, méfiance avec les benzimidazoles pendant les trois premiers mois – ils peuvent traverser le placenta. Dans tous les cas, discutez-en avec votre véto avant ! Chaque situation est différente.
Comment je sais si le vermifuge a bien marché ?
La méthode la plus fiable, c’est la coproscopie de contrôle 10-14 jours après le traitement. Si le nombre d’œufs a chuté de plus de 90%, c’est gagné ! Sinon, au niveau clinique, votre cheval devrait retrouver l’appétit et un meilleur transit dans les semaines qui suivent. S’il reste amorphe ou maigrit encore, il faut creuser.
Mon cheval recrache tout, que faire ?
Ah, le classique ! Si il recrache immédiatement, pas le choix : il faut redonner la dose complète. Pour éviter ça la prochaine fois, mon truc c’est de mélanger le vermifuge avec de la compote de pommes ou des carottes râpées. Certains préfèrent aussi les vermifuges en granulés mélangés à la ration. Et surtout, prenez votre temps – un cheval stressé recrache plus facilement.
Les vermifuges bio, ça marche vraiment ?
Alors, soyons honnêtes : l’ail, le thym, la tanaisie… c’est sympa et ça peut aider en préventif, mais face à une vraie infestation, c’est insuffisant ! Ces plantes ont des propriétés antiparasitaires, c’est vrai, mais leur efficacité reste limitée. Je les utilise comme complément d’une vraie stratégie de vermifugation, pas comme remplacement. Votre cheval mérite mieux que l’homéopathie quand il a vraiment besoin d’aide !
Rédacteur : Albin Morneau, vétérinaire équin depuis 12 ans et cavalier passionné. Diplômé de l’École Nationale Vétérinaire de Toulouse, il exerce en clientèle mixte avec une spécialisation en médecine équine. Auteur de nombreux articles sur la santé du cheval, il combine expertise scientifique et approche pratique du terrain.

Passionné d’équitation depuis plus de 25 ans, ancien agriculteur du Sud-Ouest ayant grandi entouré de chevaux de trait. Spécialisé en attelage mais cavalier polyvalent, j’ai troqué les concours pour la transmission. Sur AttelageTarnais, je partage ma passion pour le monde équestre dans toute sa diversité : attelage, équitation de loisir, traditions rurales.
