Crise du gasoil : seulement quatre pêcheurs lorientais à Paris, et ça m’interpelle

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Points clés à retenir

  • Faible mobilisation nationale : Seulement quatre pêcheurs lorientais ont fait le déplacement à Paris, ce qui révèle une désunion frappante entre les acteurs de la filière.
  • Crise structurelle du carburant : La flambée du gasoil remet en cause la survie de la pêche artisanale, mais les stratégies de riposte sont divergentes.
  • Solidarités brisées : L’appel unitaire du Réveil des Terroirs n’a pas suffi à fédérer, soulevant la question des priorités et des rivalités locales.

Une colère annoncée, une présence réduite

Il y a quelques semaines, les pêcheurs de Lorient clamaient leur ras-le-bol. Sur le port, les cris de colère fusaient : « Il est temps de taper du poing sur la table », pouvait-on lire dans certaines déclarations. Le rendez-vous était pris pour le 2 mai, à Paris. Agriculteurs, taxis, boulangers : l’alliance était censée être large. Et pourtant, au moment de monter dans le car, ils n’étaient que quatre à faire le déplacement sur la vingtaine de patrons-pêcheurs attendus. Un désert. Une gifle, pour ceux qui croyaient encore que l’unité ferait la force.

Franchement, quand j’ai lu ça dans les dépêches, j’ai d’abord pensé à un malentendu. J’ai passé vingt-cinq ans au milieu des chevaux de trait, mais j’ai toujours eu un profond respect pour le monde de la mer. Je connais des agriculteurs qui, eux, ont rempli les cars pour dénoncer la flambée du carburant. Alors pourquoi si peu de pêcheurs ? La réponse, je l’ai cherchée du côté des syndicats et des quais. Et elle est plus complexe qu’un simple manque de volonté.

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La crise du gasoil vue du port de Lorient

Le constat est simple : le prix du gasoil a explosé. Chaque sortie en mer coûte désormais une fortune, et beaucoup de bateaux sont sur la sellette, comme le disait un patron-pêcheur du côté de Lorient. Certains ont déjà suspendu leur activité, en attendant une hypothétique aide de l’État. On parle ici d’un carburant professionnel, indispensable, sur lequel les taxes pèsent lourd. Et pour les artisans de la mer, comme pour les paysans, l’équation est terrible : entre le coût des appâts, de la glace, de l’entretien du navire et la main-d’œuvre, une hausse de 30 % du gasoil peut faire basculer le moindre centime de marge dans le rouge.

Mais le truc, c’est que tous ne vivent pas la crise avec la même intensité. Les chalutiers industriels, souvent adossés à des groupes, peuvent amortir les chocs. Les petites unités artisanales, elles, sont en première ligne. Et c’est là que le bât blesse. Certains, parmi les plus vulnérables, ont peut-être renoncé à manifester parce qu’ils n’ont pas les moyens de perdre une journée de travail. D’autres, au contraire, estiment que les subventions annoncées par le gouvernement sont suffisantes pour tenir le coup. Bref, il y a un vrai fossé entre les professionnels de la mer.

La parole aux représentants : une colère amère

Le président de l’Union française des pêcheurs artisans, David Le Quintrec, n’a pas mâché ses mots. Il a déploré cette faible mobilisation, accusant certains de ses confrères de ne pas mesurer l’urgence. Pour lui, ce naufrage symbolique est une trahison. Et je le comprends. Pour tout vous dire, j’ai déjà vécu ça dans le monde des attelages : des concours où l’on promettait d’être nombreux, et où finalement quatre ou cinq passionnés se retrouvaient seuls à défendre une cause. Le dépit, vous l’imaginez.

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À Paris, les pêcheurs présents ont défilé aux côtés d’autres professionnels en colère, regroupés dans le collectif Réveil des Terroirs. Agriculteurs, boulangers, artisans… L’union, pour une fois, pouvait faire la différence. Las, la photo sur le pavé ne montrait que quelques visages de marins. Une occasion manquée, que certains paieront cher.

Les leçons d’une mobilisation ratée

En vrai, je crois que cet épisode en dit long sur l’état de la pêche artisanale française. Elle est fragmentée, individualiste, parfois résignée. Et ce n’est pas un jugement, c’est une observation que je fais après des années à observer des mondes professionnels en crise. Le monde agricole, lui, a réussi à maintenir une forte capacité de mobilisation, malgré des disparités. Les pêcheurs, prisonniers de leurs horaires, de leur dépendance aux marées et aux aléas, ont sans doute plus de mal à se projeter dans une action collective à Paris.

Le problème, c’est que cette dispersion offre une faiblesse face aux pouvoirs publics. Quand vous êtes quatre sur le parvis, votre voix porte moins. Et les promesses d’aides, même si elles existent, risquent de n’être que des pansements sur une jambe de bois. Je le redis, par expérience : la patience et le lien direct avec ceux qui comptent sur vous sont des valeurs essentielles, mais il faut aussi savoir faire front ensemble. Autrement, le plus fort gagne toujours.

Et du côté des chevaux de trait ? Une autre crise, mêmes échos

Vous allez me dire : qu’est-ce que tu viens faire là avec tes chevaux, Jean-Louis ? Eh bien, c’est simple. Dans ma région, les éleveurs de chevaux de trait font face à une flambée du prix du foin et du gazole agricole. Certains ont dû réduire leur attelage, vendre des bêtes. Et eux aussi, ils sont peu nombreux à monter à Paris. Ils préfèrent discuter au café du village, se serrer les coudes, mais sans faire de vagues. Les similitudes sont frappantes : c’est toujours les plus modestes qui paient la note des crises, quand les autres, ceux qui ont des réserves, regardent le spectacle sans bouger.

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Alors, oui, les pêcheurs lorientais ne sont peut-être pas les seuls à devoir revoir leur stratégie. Les agriculteurs, les taxis, les boulangers sont aussi concernés. Mais la mobilisation du 2 mai était un symbole. Et ce symbole, il s’est effacé. À qui la faute ? Au gouvernement, à la désunion, à la fatigue des gens ? Un peu de tout cela, sans doute. Ce que je retiens, moi, c’est que sans solidarité réelle, sans engagement des plus fragiles, on court à la catastrophe.

Conclusion : une pêche artisanale à bout de souffle

Pour tout vous dire, cette histoire me serre le cœur. Parce qu’elle ressemble à tant d’autres que j’ai vécues dans le monde rural. Le prix du gasoil n’est qu’un symptôme d’un mal plus profond : le mépris de nos métiers traditionnels, la précarisation de ceux qui travaillent la terre ou la mer. Si seuls quatre pêcheurs ont pu venir à Paris, c’est que beaucoup sont déjà en lutte permanente, dans l’eau et contre les éléments. Pendant ce temps, l’administration leur demande des comptes, les taxes s’accumulent, et la ressource se raréfie.

Alors, non, la crise n’est pas moins grave pour ceux qui ne sont pas venus. Elle est simplement plus silencieuse. Et ça, c’est peut-être le plus inquiétant. Mais moi, je continue à y croire : une mobilisation sincère, sans bling-bling, sans grand discours, peut encore changer les choses. Il suffit d’un peu de courage, et d’un attelage solide. Pour les pêcheurs comme pour les chevaux, le chemin est long. Mais si on reste unis, le vent finira par tourner.